Préambule
Un mois après la mémorable sortie varoise, les Dromies encore émoustillées de leurs aventures culinaires et sous-marines, décident cette fois de mettre le cap à l’Ouest. Elles sont invitées par leur nouveau club partenaire du CEA de Bruyères le Châtel “BIII” à plonger à partir de leur base située à Dinard. Bien sûr, la température ne sera pas la même, il conviendra de retirer 20 degrés à celle de l’air et 10 degrés de celle de l’eau. Mais savez-vous ce qui effraie une Dromie ?
– Rien.
Dinard, du 16 au 20 septembre 2026
Les préparatifs commencent à Villiers-le-Bâcle le mardi 13 octobre. Je rejoins Philippe et Éric pour gonfler les blocs puis le bateau. Si la première opération nécessite un casque anti-bruit auprès d’un compresseur tapageur et laborieux, la seconde s’effectue dans le silence mais réclame une paire de mollets vaillants et vigoureux. A chaque pression du pied, le Merkalm bombe un peu plus ses boudins généreux pour bientôt bondir sur les vagues bretonnes.
Nous arrivons vendredi en début de soirée dans la villa louée pour l’occasion, rue des Petits Fours. Elle se trouve à quelques centaines de mètres de la base de plongée, à proximité du parc du manoir de la Vicomté. Depuis la base, cinq minutes de marche suffisent pour rejoindre les rives de la Rance maritime.
L’accueil est chaleureux. Nous retrouvons Véro, Éric, Philippe B et Michèle. Philippe C et Kévin arrivent au milieu de la nuit, preuve que certaines Dromies sont plus nocturnes que d’autres.
Samedi, nous sommes debout dès sept heures pour nous rendre à la base de plongée. Les membres de BIII nous accueillent avec simplicité et bonne humeur, comme si nous étions des amis de toujours. Nous découvrons l’organisation bien rodée de leur base et prêtons main forte au chargement des blocs et du matériel sur de petites remorques emportées par un tracteur plus vieux que le plus ancien de nos plongeurs. En plus de notre Merkalm, les deux bateaux de BIII doivent être mis à l’eau.
Nous quittons la plage sous un ciel prometteur mais en sortant de la baie de la Rance maritime la houle nous malmène. Après quelques milles, l’évidence s’impose : poursuivre serait déraisonnable. Les bateaux font demi-tour avant même d’atteindre le site de plongée. La mer garde toujours le dernier mot, mais ce n’est que partie remise et, de retour à la base, nous nous consolons avec un déjeuner copieux.
L’après-midi, quelques minutes de navigation suffisent pour rejoindre le rocher de Bizeux situé au milieu de l’estuaire et reconnaissable à la statue de la Vierge qui le domine. Peut-être dompte-t-elle les flots car les abords du rocher sont toujours abrités pour le plus grand plaisir des plongeurs.
Je découvre la plongée bretonne. L’eau est froide, la houle sensible et la visibilité plus réduite qu’en Méditerranée, atténuant les couleurs. Pourtant le charme opère aussitôt. Au milieu des reliefs rocheux, nous observons des congres, des araignées de mer et des roussettes qui nagent avec majesté.
Le soir nous préparons et partageons le dîner à la villa, discutant de la vie du club et des plongées à venir, mais le grand air fait son œuvre et terrasse vite les plus vaillants d’entre nous.
Il n’y aura pas de plongée dimanche matin en raison des horaires de marée, nous prenons donc tout notre temps pour déjeuner avec nos nouveaux amis avant de mettre de nouveau le cap sur le Bizeux. L’eau me paraît moins froide, peut-être suis-je déjà en train de m’adapter à la température locale. Même si la visibilité est moins bonne que la veille, nous observons des tacauds qui tournent en banc autour de magnifiques spirographes et tombons enfin sur une immense colonie de dromies qui se laissent approcher. Une ancre gigantesque git au fond, ainsi que des caissons monumentaux abandonnés lors de la construction du barrage de la Rance. Ils abritent maintenant la faune sous-marine.
Le soir c’est avec le légendaire appétit des dromies humaines que nous dévorons d’excellentes crêpes Chez le Sarrasin, une adresse dinardaise à conserver.
Lundi, le réveil est de nouveau matinal. Une belle journée s’annonce.
L’aube se lève sur la Rance avec lenteur, rien ne presse. Comme la mer, la nuit se retire sans bruit, révélant de gros rochers noirs qui émergent de l’ombre entre des bancs de sable parés d’or et de cuivre. Nous grimpons sur les bateaux en silence et personne ne se plaint du froid qui saisit les mains. Nous regardons défiler les rives sans parler dans l’attente de l’aventure promise sous la surface. Le Merkalm glisse sur une eau tranquille. Son moteur ronronne à peine pour nous laisser croire que nous sommes portés par la lumière du petit jour. Quelques oiseaux traversent le ciel. Leurs silhouettes passent dans l’immensité pâle du matin puis disparaissent, effacées par l’espace. Le soleil poursuit son ascension silencieuse. Une étrange impression s’installe, celle de changer de monde en avançant vers un territoire où le temps ralentit. Je comprends que l’aventure commence avant l’immersion.
Le trajet dure quarante-cinq minutes et, emmitouflés dans nos coupe-vent, nous sommes transis et n’attendons qu’une chose : plonger dans une eau à 17 degrés pour nous réchauffer. À 15 kilomètres de la côte repose l’épave du Hinrich Hey, un ancien chalutier allemand transformé en patrouilleur par la Kriegmarine et torpillé en juillet 1944 par les Canadiens. Il repose aujourd’hui à plus de 30 mètres de fond. La visibilité est médiocre durant la descente puis s’améliore brusquement lorsque la silhouette du navire apparaît. C’est une superbe plongée. Des congres occupent les recoins de l’épave, des tacauds circulent en bancs compacts, des lieus jaunes patrouillent au-dessus des structures et une raie vient compléter le tableau. Après un retour à la base et le déjeuner qui constitue l’intervalle de surface, nous repartons pour une seconde épave : le Fetlar, un cargo à vapeur britannique de 56 mètres qui a fait naufrage en 1919.
Là encore, la visibilité varie selon les secteurs. Toutefois, l’épave reste remarquablement conservée grâce à sa structure métallique, permettant une exploration complète de la proue à la poupe. On distingue nettement l’ancre, le treuil avant, les mâts de charge effondrés, la salle des machines, la chaudière, l’imposante hélice en bronze à quatre pales et les cales de cargaison dans lesquelles nous pénétrons. Lorsque nous en sortons, une seiche immobile et curieuse nous fixe de ses gros yeux, comme pour nous demander ce qu’on fabrique ici. Nous observons aussi de gros congres, une imposante araignée de mer et de nombreuses vieilles. Un banc de dorades facétieuses nous assaille et s’amuse lorsque nous quittons l’épave.
Le soir, nous dînons à L’Abri de la Mer, une autre adresse à noter. La choucroute de la mer me persuade qu’une spécialité alsacienne a sa place en Bretagne.
Mardi matin, j’entends des gouttes tambouriner sur la fenêtre de toit et ma motivation vacille un peu. Éric et Michèle ont déclaré forfait dès la veille et Philippe B. ne paraît guère plus enthousiaste que moi lorsque nous avançons courbés sous la pluie. Après discussion avec Christian, directeur de plongée et responsable de la base, la décision est prise : il n’y aura pas de plongée aujourd’hui. Bien sûr, nous sommes en Bretagne et le soleil fait son apparition une heure plus tard, mais nous ne regrettons pas notre décision. La matinée est consacrée à la sortie des bateaux, au rinçage du matériel et au nettoyage de la base.
Cette escapade bretonne nous a permis de faire des plongées magnifiques, des rencontres chaleureuses avec les plongeurs de BIII et le plaisir de partager ensemble une même passion.
Les Dromies sont reparties vers l’Essonne avec des souvenirs plein les têtes et déjà une idée fixe : replonger dès le printemps prochain.
Merci à Pierre pour ce récit – Photos artistiques de Susann.









