Pierre nous raconte…

Vous n’ignorez pas que j’ai repris la plongée sous-marine en octobre 2025 après plus de trois décennies d’interruption. Je me suis inscrit dans le petit club de Villiers-le-Bâcle parce que les membres du bureau qui m’avaient accueilli lors du forum des associations m’avaient paru tout de suite sympathiques.

Le club s’appelle les Dromies. Une dromie est un crabe primitif, on l’appelle aussi crabe-pierre, crabe-éponge, crabe dormeur ou crabe-nounours. La dromie recouvre souvent son dos avec une éponge vivante qu’elle maintient avec ses pattes postérieures. Elle se déplace lentement et surtout la nuit. Bref, je me suis dit que des énergumènes qui avaient choisi un tel animal pour les représenter gagnaient à être connus, et pas seulement parce que la dromie est plus large que longue et qu’elle possède des pattes velues.

Pendant l’année scolaire j’ai assidûment suivi les cours hebdomadaires dans les eaux polaires de la piscine de l’école Polytechnique, les séances mensuelles à Antony dans une fosse quasi abyssale (oui, à 20 mètres de profondeur, la pression est déjà trois fois plus élevée qu’en surface) et les cours théoriques. J’avais acquis le Niveau 1 au début des années 90, j’ai obtenu le PE40* à l’été 2026 au terme de deux sorties organisées au printemps par l’ASCEA de Saclay, un club alors partenaire du nôtre. En septembre, j’allais enfin vivre au sein des Dromies pendant tout une semaine et  découvrir le Merkalm !

*Plongeur encadré à 40 m

Sortie club à Giens, du 19 au 26 septembre

Je me porte volontaire pour faire les courses en suivant la liste fournie par le club. Lorsque je remplis le caddie avec des packs de bière, je crois deviner pourquoi ses membres se sont nommés “crabes-éponges”. J’ai hâte de vérifier cette hypothèse hasardeuse.

Empêtré dans mes sacs de course, j’arrive bon dernier à la villa “Félyvonne”, aux confins de la presqu’île de Giens. Je sais que la plupart des plongeurs du club se connaissaient depuis des années et je crains de mettre les pieds dans un cercle fermé. Mais c’est tout le contraire qui se produit et je reçois un accueil chaleureux. Je salue Véro, Éric, Réjane, Zakaria, les trois Philippe et Michèle, puis je fais la connaissance de Michel et de Maryse.

Manifestement ce petit monde est en vacances et a décidé d’en profiter. Il faut dire que les conditions sont idéales avec vue sur mer et température estivale. À quelques centaines de mètres de la villa, la route débouche sur le petit Port Auguier. Philippe et Michèle y ont amarré le bateau des Dromies, le légendaire Merkalm, doté d’un moteur Suzuki de 115 chevaux flambant neuf. S’y trouve également le Zodiac de Michel et Maryse. Les blocs sont déjà gonflés et les plongeurs impatients de les utiliser ne le sont pas moins.

  

Il s’agit de commencer par nourrir ces affamés soucieux de faire le plein d’énergie pour la plongée du lendemain. Je comprends vite que chacun mettra les mains à la pâte pour préparer déjeuners et dîners dans un tour de rôle implicite et efficace.

 

 

 

 

 

Le dimanche, nous démarrons les deux bateaux à neuf heures pour plonger sur l’Escampo Bariou, un site proche du port et protégé du vent. Nous jetons à l’eau les blocs attachés aux gilets pour réduire l’encombrement du Merkalm… Il est vrai que huit personnes équipées prennent vite de la place sur un semi-rigide de 5,5 mètres.

 

 

 

 

 

 

Je suis d’abord surpris par la température de l’eau, 26 °C en surface. Un vrai bonheur ! La seconde surprise vient de la facilité avec laquelle tout s’organise pour s’équiper, se mettre à l’eau, enfiler les gilets. Tous les gestes sont précis et mesurés et chacun aide son voisin, qu’il soit de la même palanquée ou non.

J’attends avec impatience la magie de l’immersion, ce passage soudain du monde aérien agité et bruyant à l’univers sous-marin, silencieux, apaisé et suspendu.

Il n’est pas utile d’aller bien loin pour approcher les murènes, les mérous et des chapelets d’œufs de poulpes. En plongée, la perception du temps se distord et cinquante minutes ne signifient plus rien. Il faut déjà remonter. En surface de grands sourires émergent sous les masques et personne n’est pressé de regagner le Merkalm.

 

Il faut dire que l’opération suppose un certain savoir-faire, à commencer par accepter l’idée de ressembler à un gros phoque échoué sur le boudin du bateau, agitant farouchement les pattes postérieures et espérant qu’aucune Dromie espiègle n’aura l’idée de prendre une photo en cet instant fatidique.

Je découvre donc les avantages de plongées organisées de manière indépendante et autonome par le club. Ayant apporté tout le matériel, y compris les blocs et les bateaux, nous pouvons partager nos envies avec Philippe (notre directeur de plongée). Grâce à lui, nous comprenons comment déterminer l’heure de départ et choisir les sites de plongée en fonction de la météo marine.

 

 

 

 

 

 

 

Bien sûr, la liberté a un prix et le transport des blocs à la Tour Fondue pour le gonflage auprès du club Espace Mer n’est pas de tout repos… Je me promets de me remettre assidûment à la musculation !

 

À midi, nous récupérons des forces à la villa, et répétons les manœuvres du matin en début d’après-midi pour plonger au Cap des Mèdes. Le site est plus éloigné et nous apprécions, lors du trajet, la force tranquille de notre nouveau moteur.

Il y a là une faune dense faite de murènes, de mérous, de dentis, de corbs, de chapons. Je vois même un rouget barbé et Michèle a déniché sous mes yeux une grande conque de plus de vingt centimètres. Je crois d’abord qu’il s’agit de quelque coquillage de vitrine jeté par-dessus bord, mais le gastéropode est bien là. Peu communicatif, il nous claque son opercule au nez.

Lundi matin, Philippe propose une journée à Port-Cros et le projet fait l’unanimité. La mer est agitée et même s’il faut une heure au Merkalm pour gagner l’île, il fait merveille en bondissant sur les vagues. La Gabinière est l’un des plus beaux et plus célèbres sites de Méditerranée, je l’ai découvert au mois de mai et je suis ravi de l’explorer à nouveau. Nous déjeunons et regonflons les blocs sur l’île.

Pour la plongée de l’après-midi, Philippe nous arrête à la Pointe de Montrémian.  On nomme ce site “la piste de ski” en raison de la langue de sable qui le traverse. S’y trouve toute la faune que le plongeur aime contempler : corbs, chapons, murènes, oblades, doris dalmatien, flabellines, oeufs de poulpes et de roussettes, banc de castagnoles mais aussi des poissons-perroquets installés là depuis que la Méditerranée se réchauffe.

Nous commençons à être rodés dans les préparatifs et surprenons Philippe à être fin prêts à l’heure précise du départ. En ce mardi, nous mettons le cap sur le sec de la Jeaune Garde où nous descendons à 33 mètres et retrouvons, en remontant, des poissons-perroquets. L’après-midi, nous plongeons sur le Cimentier, une épave de 25 mètres de long gisant entre 3 et 15 mètres de profondeur. Le site est lumineux et bien protégé, permettant une plongée facile. J’entre avec Philippe dans les entrailles de l’épave. C’est un moment palpitant où j’espère découvrir au détour d’une porte rouillée quelque objet jusque-là dissimulé, ou peut-être tomber nez-à-nez avec un congre assoupi. Mais la surprise vient d’un apnéiste gracile qui s’échappe en souplesse par l’avant de l’épave et qui ne semble jamais devoir respirer.

C’est une nouvelle soirée joyeuse à la villa, et je découvre que les Dromies, plus crabes qu’éponges, n’ont besoin d’aucun artifice pour exprimer leur bonne humeur.

Nous nous levons tôt mercredi pour constater que la mer s’agite davantage et Philippe, prudent, préfère ne pas prendre la mer. Une heure plus tard, il annonce qu’une sortie bien à l’abri sur l’Escampo Bariou reste possible pour ceux qui ne craignent pas le tangage du Merkalm. Sept valeureux plongeurs montent à bord et rejoignent le site encore désert.

Je plonge avec Philippe et là, surprise, au milieu des saupes, des mostelles et des rascasses, trône une grande nacre, bien vivante. Nous apprendrons plus tard que quelques exemplaires de ce coquillage, le plus grand de Méditerranée, ont été observés au cœur du Parc national de Port-Cros depuis 2020.

Lorsque nous refaisons surface, une nuée de bateaux désireux d’échapper à la houle encerclent le Merkalm. À la hauteur du Brigantin, à la Tour Fondue, les vagues entrent dans le port et nous renonçons au gonflage pour mettre le cap sur Port Auguier. L’après-midi sera terrestre et nous en profitons pour nous réapprovisionner. Le dîner est animé et je me dis avec ravissement que les Dromies sont plus facétieuses que des adolescents en colonie de vacances.

 

Jeudi, la mer menace d’être agitée. Nous partons très tôt afin d’achever la seconde plongée avant que les vagues ne soient trop hautes. Nous plongeons d’abord au-delà de 30 mètres sur le sec du Langoustier où nous observons des dentis aux corps massifs irisés de bleu et de rose, regroupés en bancs de chasseurs voraces. L’après-midi, Philippe nous place au Cap des Mèdes à l’abri de Porquerolles. Au milieu de mérous alanguis et dodus, Michèle me fait signe d’approcher et pointe une flabelline mauve de toute beauté. Chaque plongée est un émerveillement.

 

Le soir, je célèbre l’obtention de mon Niveau 2 et, puisque demain le vent forcira et que nous ne plongerons pas, nous trinquons de bon cœur.

Le vent se lève comme prévu vendredi matin. Nous le mettons à contribution pour sécher nos combinaisons rincées. Philippe, Michel et Zakaria conduisent les bateaux jusqu’à la mise à l’eau d’Hyères. Nous lavons le Merkalm et le préparons pour ses prochaines aventures. Le dernier dîner arrosé d’un excellent vin local célèbre une semaine de plongées magnifiques, de grand soleil, de partage, d’entraide et d’éclats de rire.

Un grand merci à Pierre pour ce récit plein de vie !

Et pour un dernier plongeon, cliquez sur “bonus” pour lancer la vidéo* !

*Images de PhilC, Eric, Véro ; Montage d’Eric – Lien vers le site Youtube du club

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